Nous en avons une vague idée. Par certains aspects – une proximité avec l’innocence, une forme de spontanéité sans arrière-pensées malignes, une manière de vivre au présent pur – les enfants en paraissent moins éloignés que les adultes. Le Paradis est une idée doublée d’une image. L’Idée et l’Image ! La charge idéale d’un « concept » marketing ! Elles nous habitent et nous guident, inspirant le sentiment d’une harmonie possible, qui reste toujours à atteindre et qui fait se mouvoir l’humanité, religieuse ou pas. Le Paradis est à la fois une nostalgie et un espoir. Parce qu’il est perdu le Paradis doit être retrouvé. Idéologies et religions indiquent son chemin à la manière du doigt qui montre la lune. Le Paradis est le lieu de la beauté et de la coïncidence spontanée entre les êtres et le monde. L’effort, la pénibilité en sont absents, c’est pourtant en son nom que ceux-là nous sont enseignés, comme s’il s’avérait nécessaire de faire des sacrifices et de travailler dur pour l’atteindre et rejoindre enfin le repos éternel. Ce repos n’est pas la mort, il n’est pas la vie non plus, il se trouve à la conjonction, où la mort et la vie se mélangent sans s’opposer ni s’effrayer. Du paradis, le tourisme a vendu des images et des paysages, il en a distribué des produits dérivés sur la planète, autant d’agencements d’infrastructures matérielles atteignables contre de l’argent, pauvrement symboliques dans le meilleur des cas. Comme si le Paradis, qui échappe aux idéologues et aux religieux, pouvait être la marchandise des ingénieurs, des aménageurs et des hommes d’affaires ! Le tourisme a installé le diable au paradis. Désormais c’est lui qui met en mouvement des gens trompés par les mirages du capitalisme. Autant de frustrés enfermés dans leur cage. Le Paradis est ici, c’est-à-dire entre et au-delà. Qui comprend cela est sur le point d’y accoster.

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