Le monde croule sous les études. La pensée scientifique cherche, enquête, cherche, enquête et cartographie à la manière d’une vieille concierge obsédée par son voisinage qui observe, évalue, mesure et raconte non sans déformer – c’est inévitable – ce qu’elle a perçu. Tout savoir, tout comprendre, calculer et prévoir, on dirait que l’angoisse règne et cela non sans raisons. En effet, il y a de quoi être inquiet. Dimensions du matérialisme, la science et le calcul sur lequel elle s’appuie ont assujetti le monde. Ils le dissèquent et l’exploitent sans vergogne, avec le soutien des technologies élaborées au nom du progrès, de l’innovation et, au bout du compte, de la concurrence entre entreprises, groupes sociaux, sociétés et nations. Le monde crève de tout cela qui ne le laisse jamais tranquille. Cette ingénierie multiple le travaille sans relâche, le transforme, l’aménage et l’exploite, et ce faisant le détruit ; elle agit sur lui en observant ses réactions, elle étudie ses convulsions, alerte le public et, consciente des conséquences, poursuit inlassablement son œuvre destructrice. La Machine globale l’emporte. Sur elle nous n’avons ni volonté ni prise, nous la critiquons et finissons toujours par acquiescer face à ses initiatives et ses projections mégalomaniaques. Nous n’avons plus ni le désir ni les moyens d’agir contre. L’ordre technoscientifique multiplie les désordres. Nous sommes sous emprise. Comment s’évader de l’insurmontable contradiction existant entre une science qui sauve et une science qui tue, une science qui asservit et une science qui émancipe ? Exigeons un moratoire universel et désespéré ; les oligarques ne l’accepteront jamais. Combien sommes-nous à lancer cet appel : faisons une pause ! Laissons le monde souffler ! La poésie surgira, s’il nous reste encore quelques forces et quelques chances.

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