Si le temps libre est merveilleux lorsqu’il est imprévu, l’est-il encore autant – libre et merveilleux – lorsque tout y a été programmé? Pas sûr. Ainsi va désormais le tourisme, cheminant de standard en standard, de guichet en guichet…

PEUT-ON VOYAGER ENCORE ?

Comment réfléchir le voyage dans un contexte de crises environnementales et sociales ? Rodolphe Christin nous invite à emprunter de nouveaux chemins écosophiques pour se rapprocher du monde.
L’industrie touristique témoigne de l’ambiguïté de notre rapport au monde, de ses excès comme de ses manques. En tant que production du capitalisme, elle impose sa logique sur les zones qu’elle dessert, en pesant sur l’aménagement du territoire, l’accès au logement, les ressources en eau, le volume et la nature des déchets produits… Mais son économie reste fragile, comme l’a dévoilé la pandémie. Dans un contexte de crises environnementales, géopolitiques et sociales, comment réfléchir au voyage, bien souvent réduit à une photo ou un bibelot vite oubliés ? Si l’on admet que la découverte peut encore avoir un sens, une autre voie doit être tracée. Peut-on voyager encore ? est une invitation à penser de nouveaux chemins écosophiques, pour se rapprocher du monde.

Si le tourisme fait diversion en nous envoyant ailleurs pour nous divertir provisoirement et combler nos carences. C’est ici, à proximité, qu’il faudrait désormais pouvoir se ressourcer.

LA VRAIE VIE EST ICI

Considérant les ravages du tourisme et les effets délétères de son industrie, il est généralement de bon ton d’opposer à la figure du touriste celle du voyageur, dont les intentions seraient nobles et les agissements respectueux des populations et des environnements. Or, est-il encore possible de concevoir le voyage comme mode d’être au monde et comme moyen d’aller à sa rencontre ? Et d’où nous vient ce « besoin » de voyager ? C’est à partir de ces questions d’ordre philosophique que Rodolphe Christin nous invite à penser le voyage, lui pour qui cette notion doit avant tout constituer « un acte de l’esprit, une expérience particulière de la pensée et du corps. Autrement dit, une certaine expérience du monde que les infrastructures touristiques mettent à mal et qu’il conviendrait cependant de sauver ».

LE DÉSERT DES AMBITIONS : Avec Albert Cossery

Avec huit romans écrits de la main d’un maître qui détestait les tyrans, Albert Cossery fit peu de bruit malgré son goût prononcé pour la fête. Venu d’Egypte après-guerre, il s’installe à Paris où il fréquente la bohème intellectuelle et artistique du quartier de Saint-Germain-des-Prés. Il y mène une vie proche de celle qu’il exalte dans ses récits réjouissants, où l’on découvre les aventures hautes en couleur des gens de peu du Proche-Orient : traîne-savates, sans-le-sou, vagabonds, prostituées, lettrés inadaptés, ascètes et saltimbanques… La frugalité joyeuse de ses personnages, pleins d’humour et de sagesse, subvertit sans cesse l’absurdité du mode de vie occidental contemporain. D’ailleurs, Cossery disait écrire « pour que quelqu’un qui vient de me lire n’aille pas travailler le lendemain ». En déshabillant les rois imposteurs et en faisant l’éloge de la paresse, ce « Voltaire du Nil », comme on l’a qualifié, magnifie l’aristocratie des moins que rien qui hantent les ruelles en riant, libres de toute possession. Au-delà d’une réflexion sur l’oeuvre d’Albert Cossery, ce livre invite à s’affranchir de la société matérialiste en conjuguant sous toutes ses formes le refus de parvenir, pour trouver, dans la simplicité et le détachement, d’autres manières de vivre.

L’usure du monde : Critique de la déraison touristique

La puissance d’enchantement de l’industrie touristique repose sur sa capacité à faire oublier son caractère précisément industriel, par conséquent soumis aux règles d’un productivisme et d’un consumérisme sans frontières. Afin d’étendre le marché, la massification du désir touristique s’appuie s la diffusion d’un puissant imaginaire dans lequel la mobilité est devenue le modèle comportemental dominant. On a vendu partout l’«évasion» et créé des infrastructures dédiées à cet effet, sans voir que ce processus de commercialisation détruisait la dimension symbolique du voyage.
Au service de la consommation du monde, le tourisme suppose non seulement une sensibilité particulière, mais aussi une réalité organisée autour de lieux modélisés selon des principes gestionnaires.
Désinvesti de son territoire d’origine, le touriste nourrit l’espoir confus de trouver ailleurs ce qui lui manque chez lui : le goût de vivre une existence conviviale sur un territoire encore chargé de sens et de vie. Mais par sa présence même, il détruit ce qu’il est venu chercher.

MANUEL DE L’ANTITOURISME

L’industrie touristique n’a jamais été aussi florissante. Une bonne nouvelle ? Pas vraiment… Car, si le voyage est philosophie, le tourisme est économie : le premier explore, le deuxième exploite. Il enserre les individus et les espaces dans les filets d’une organisation forcenée et impose le devoir de vacances comme une compensation thérapeutique : désormais, on part pour mieux supporter à son retour le joug d’une existence sans saveur. Ce manuel corrosif démasque les effets pervers d’un tourisme consumériste et grégaire, et nous appelle à renouer autrement avec l’aventure, l’évasion et la créativité.

L’un des paradoxes du tourisme d’aujourd’hui est de tuer ce dont il vit, en véritable parasite mondophage. Celui-ci préfère le divertissement à la diversité ; le premier est en effet plus confortable car il ne remet rien en cause. Ainsi le touriste déclare son amour à cette planète dans ses moindres recoins, et, ce faisant, il contribue à l’épuiser impitoyablement.

LE TOURISME : émancipation ou contrôle social ?

Si le titre pose la question de manière aussi abrupte, c’est que nous souhaitons bousculer le consensus dont bénéficie le tourisme, non seulement parmi l’opinion publique et les professionnels du secteur, mais aussi chez ceux qui semblent a priori les mieux placés pour résister aux diverses mystifications de la communication touristique. Chercheurs, militants et esprits critiques ne sont eux-mêmes pas insensibles aux sirènes du tourisme !
Le tourisme, partie prenante de l’industrie du divertissement, ne contribue-t-il pas à nous faire accepter le monde tel qu’il va ?
L’imaginaire touristique dessine un univers séduisant, à tel point qu’il généraliserait la croyance dans une utopie enfin réalisée. Les lieux sont toujours beaux et confortables, les populations accueillantes, la nature préservée, et nous mènerions là-bas, durant le temps idéalisé de nos vacances, une existence assurément plus libre et détendue. Le paysage enchanteur de la communication touristique est d’ailleurs si généralisé que certains touristes sont soucieux de sortir du cadre. Quittant les lieux communs du tourisme, pris de culpabilité ou/et saisis par le désir de distinction, les voilà qui s’en vont visiter les lieux en guerre, ou bien multiplient les séjours « humanitaires » ou « équitables » auprès des pauvres de ce monde… La bonne conscience colle aux semelles des acteurs du tourisme, toujours prêts à mêler affaires, divertissement, esprit de découverte et intentions généreuses.
Il est temps de réveiller le touriste qui sommeille en nous !
En réunissant chercheurs, universitaires, intellectuels francs-tireurs et praticiens-voyageurs distanciés, l’objectif de ce livre est de pousser le tourisme dans ses retranchements en auscultant ses horizons, afin d’imaginer de nouvelles manières de découvrir le monde…