Les refuges sont malheureusement l’avenir de l’humanité. Dans les pays pacifiés, avec le développement de l’industrie touristique, pour les riches ils arboraient des airs de fêtes et de vie facile. Ou bien ils prenaient l’allure d’espaces naturels préservés, par leur éloignement, des nuisances d’une modernité en expansion. Par endroits le tourisme donne même aux refuges des allures de paradis marchands à l’écart du monde marchand ; on dirait bien que ce tour de passe-passe paradoxal enchante les désirs. Le changement climatique et les drames de la géopolitique, combinant parfois leurs forces négatives, démultiplient l’enjeu stratégique et existentiel des refuges. Ils deviennent des asiles au milieu du désastre qui éclot ici et là, à présent et pour demain. Le désastre est protéiforme, la quête de refuges l’est également. Cette fois riches et pauvres sont concernés. Politique, climatique, écologique, sanitaire, existentielle, sensorielle et psychique, la dimension multiface du Refuge, envisagé en tant que concept, embrasse l’intime et le collectif, le naturel et le culturel. Les stratégies de repli et de fuite sont à la fois logiques et vaines ; inspirées par le chaos du monde, elles ne s’en échapperont pourtant jamais. La fuite vers une autre planète n’est que le symptôme d’un chaos qui essaime. Le cancer se propage. Agir à la source est en vérité un impératif ; les énergies réparatrices doivent être mobilisées pour rendre, sur tous les plans évoqués, les territoires plus hospitaliers. Le travail, urgent, est immense et nécessaire si l’on veut restaurer la vivabilité du monde.

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