Avec la Russie qui envahit l’Ukraine et Israël qui détruit Gaza en réponse à l’épouvantable 7 octobre 2023, la géopolitique s’enflamme. A cela s’ajoutent les conflits délaissés par les médias malgré leur caractère sanglant, qui n’occupent pas notre espace mental mais n’en sont pas moins dévastateurs. L’Europe voit s’approcher le tumulte, tandis que les Etats-Unis, protégés par l’éloignement océanique, pavoisent, du moins en apparence, puisqu’ils internalisent le chaos sous l’effet d’une politique impulsive : Trump joue au mariole, change d’avis, dit et se dédit, et fait le dur sans prendre de risques. Il défend une Amérique-forteresse et donne des leçons au monde sans parvenir à afficher l’air raisonnable qu’il faudrait en pareilles circonstances. Le dérèglement climatique ajoute au désordre et rend invivables des territoires de plus en plus nombreux. Chaleur, manque d’eau, incendies, inondations, maladies, la litanie des désastres semble infinie. Des ressources deviennent impossibles car rendues indisponibles, la concurrence des usages et des convoitises dans un contexte de rareté amplifie les tensions. Les personnalités politiques belliqueuses semblent avoir le beau rôle dans ce genre de contexte. Elles émergent et s’installent au pouvoir, mettant la force de la démocratie en péril et au défi de se maintenir. Nous avons cru, pris par la fascination de l’homme nomade chanté par Jacques Attali, que nous étions parvenus à nous affranchir des déterminismes territoriaux, pourtant la réalité nous rattrape et nous oblige. L’homme nomade n’échappe pas à l’empreinte physico-politique des lieux et leur inhospitalité croissante le pousse à la fuite. Le nomadisme n’est pas qu’une vertu libérale, c’est aussi la tragédie multiplicatrice de l’humain qui survit et doit pour cela rompre avec son territoire afin de trouver refuge ailleurs, au prix d’un exil de solitude et de douleur.

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