Voilà qu’on se prend presque à regretter le bon vieux machisme à l’ancienne, car de nombreux machos s’arrogeaient certes abusivement des droits, mais au moins certains, je ne sais pas s’ils étaient les plus nombreux (cela n’est pas certain), aimaient vraiment les femmes. Peut-être les aimaient-ils trop. Là, c’est autre chose. Avec les incels, une nouvelle catégorie socio-médiatique émerge, indiquant qu’un monde écosophique, où régnerait l’harmonie sociale, du moins sa recherche, n’est pas pour demain. Nous sommes en période de guerre civile atomique, une variation de l’individualisme grégaire de plus. Chacun (mais des chacun nombreux, encore un paradoxe !) se considère comme une identité séparée, aux intérêts incompatibles avec ceux des autres identités qu’il croise sur le net ou dans la rue. Lorsque ce chacun imagine avoir « rencontré » (parfois le net lui suffit) des individus qui lui ressemblent, il s’agglomère virtuellement à la « communauté » (abstraite !) d’opinions qui le conforte dans sa fange cérébrale, formant un magma émotionnel malodorant. Après les néo-féministes, voici leurs antagonistes à tendance criminelle, les masculinistes-célibataires-involontaires. Ceux-là ne sont pas néo ou post, actualisations de vieilles rengaines, ils sont en effet tout neufs sur les réseaux. Ils se dressent face à leurs consœurs détestées, leur puissance érectile virtuelle échafaudée par la meute mâle. On imagine ces frustrés comme une jeunesse boutonneuse de branleurs puceaux éduqués au porno, qui n’en peut plus de voir la réalité féminine lui échapper. On imagine aussi des pré-vieillards aigris par les multiples déceptions conjugales, prompts à s’ériger telles des victimes affamées de revanche. La sensibilité victimaire généralisée fait de l’Autre un coupable. Coupable d’exister en toute indépendance, coupable de ne pas vous aimer, coupable d’incarner l’indifférence généralisée qui marque la tonalité d’ensemble des relations sociales. Mais attention ! Ces personnages déconnectés du réel descendent désormais dans la rue, avec l’intention d’exprimer leur appétit de vengeance en semant la mort. A défaut d’avoir des femmes vivantes, ils veulent accrocher des mortes à leur tableau de chasse. Meurtres de femmes, indiquant combien nous sommes avancés loin dans la dégradation des rapports sociaux. Ça ressemble à un film américain, ce n’est pas un hasard. Cette tendance socio-psycho-pathologique nous vient justement d’outre-Atlantique. Qualifiés de terroristes, ces tueurs de masse, avérés ou potentiels, identitaires dégénérés, ont un penchant pour les idéologies d’extrême-droite et ajoutent les femmes à leur haine de la diversité. Ces gens-là, agents du désastre, ne sont pas des réactionnaires, encore moins des conservateurs, ils vivotent au contraire à la pointe de l’évolution négative.

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