La révolution, dirait-on, a changé de camp. Partout de prétendus « disruptifs » nous sont présentés sous les habits de l’extrême droite. Sont-ils si révolutionnaires que cela ? Veulent-ils rompre avec le capitalisme, ou bien avec la démocratie ? La réponse saute aux yeux des lucides, la démocratie est la cible. Ils évoluent, transportés dans leurs rêveries, vers un monde où leurs caprices pourraient s’exprimer sans bornes. Trump, Musk, Poutine, Milei, pour citer les plus visibles des empereurs-patrons de puissances fossiles, conservateurs des rêves d’un monde dont on pourrait tout extraire sans limite, ont ce point-là en commun : vouloir s’affranchir des règles de la décence commune, en interne comme à l’international. Leur antimondialisme n’est pas un anticapitalisme ; la critique qu’ils adressent au consumérisme des élites, à la décadence des valeurs, n’est pas une remise en cause des profits qu’ils engrangent. Nous n’avons pas d’ascètes en face de nous, aucun Diogène n’habite dans leurs quartiers ; nul héros spirituel ni prince-philosophe. Leurs intérêts de grands bourgeois confortablement transgressifs ne sont pas ceux du plus grand nombre. Ils présentent l’illusion qu’ils vont renverser la table, mettre l’ordre du monde à l’envers, face à un public de crédules, émotifs et colériques, qu’ils séduisent et qu’ils trompent (une fois les médias sous contrôle, ils ont le pouvoir de le faire). Ces naïfs se laissent faire, on en trouve à gauche et à droite, à l’extrême même, engoncés dans leur indulgence de drogués tiktoqués, imaginant qu’une révolution est en cours, qui dépassera le capitalisme, dézinguera le globalisme, écrasera les dominations, dont le carnage, tant humain qu’environnemental, n’est qu’une modalité parmi d’autres puisqu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. On aimerait laisser ces abrutis entre eux, mais ils ont à présent pignon sur rue. Leurs jeux débordent, éclatent, éclaboussent du sang de leurs nombreuses victimes. Ils détruisent la vie. Leur nihilisme est à l’extrême pointe du Kali Yuga.

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